vendredi 9 novembre 2012

Visite insolite de Barcelone à vélo. Le plaisir de visiter Barcelone à vélo...L'insolite près de chez vous!

Les débuts de l'aventure vélocipédique


Lorsqu'on se balade aujourd'hui à vélo dans Barcelone pour la première fois, on a du mal à imaginer qu'il y a une quinzaine d'années cela aurait presque paru incongru...


En effet, le « boom du vélo urbain » est plutôt récent : une petite dizaine d'années. Et pourtant, les conditions sont réunies depuis longtemps pour faire de Barcelone une métropole vélocipédique...Climat agréable, ville à dimensions humaines et peu de dénivelé dans de nombreux quartiers. Ce n'était pas dans les moeurs, la voiture et les motos avaient le monopôle des rues. Comme beaucoup de choses ici, une partie de l'explication se trouve dans les 40 ans de dictature fasciste du général Franco : de 1939, fin de la guerre « civile » espagnole, jusqu'à sa mort, dans son lit, en 1975. Les familles attendaient longtemps avant de pouvoir économiser suffisamment pour pouvoir s'acheter une automobile, il fallait être sur une liste d'attente, et on se faisait livrer son pot à yahourt « Seat 600 » au bout d'un an ou plus. C'était alors le symbole de la liberté, toute la marmaille en voiture et hop, direction la Costa Brava...La bicyclette était « réservée » aux gamins en vacances au village. La fameuse série télévisée des années 80 (devenue culte), « Verano azul », en offre un bon témoignage. 



  Il y a dix ans, quand je baladais un groupe de touristes ou d'élèves de collège en ville à vélo, il y avait toujours des passants pour siffloter la musique du feuilleton à notre passage ! À part les enfants, le vélo passionnait les foules lors du Tour de France ou de La Vuelta de España, Indurain était un grand champion, le Bernard Hinault ibérique. Mais quant à prendre un vélo pour aller au travail ou à l'école, que nenni ! La France n'était pas non plus la Hollande sur ce plan-là, mais tout de même, nombreuses étaient les familles possédant des bicyclettes pour chacun de ses membres. Jetez un oeil dans vos garages ou ceux de vos parents ou grands-parents, vous y trouverez à coups sûrs un vieux bicloune Peugeot, Motobécane ou Gitane qui y traîne...




   Mais revenons au climat et la à topographie avant de s'attacher aux causes de l'essort du vélo à Barcelone dans les années 2000. 

  Barcelone n'est pas Briançon et ses 300 jours de soleil à l'année, mais elle peut tout de même se targuer d'offrir 275 jours ensoleillés par an...Nous bénéficions d'un climat méditerranéen : chaud en été, pas trop froid en hiver (moyenne de 16 degrés sur l'année) et gros orages en fin d'été. Bref, plutòt bien pour pédaler ! Toutefois, le climat ne dicte pas forcément le comportement vélocipédique des gens, il n'y a qu'à voir la Hollande, le Danemark ou l'Allemagne: ça pédale dans tous les sens, sous tous les cieux.
   Le centre-ville est construit sur le Mont Tàber, 17 m d'altitude (16,9 pour être précis)...C'est à son sommet que la ville romaine, Barcino, a été fondée vers 14 avant J-C. Bien sûr, la ville s'est agrandie considérablement au cours des siècles : le long de la côte, mais aussi vers les collines avoisinantes. Les dénivelés sont faibles dans tous les quartiers proches de la côte, c'est-à-dire, dans plus de la moitié de la ville. Découvrir la fameuse Sagrada Familia est chose aisée, ça monte un peu certes, mais rien d'extraordinaire. Pour se rendre au Parc Güell, c'est un peu plus ardu, mais tout à fait faisable. Par contre, pour aller au château de Montjuïc ou sur le Mont Tibidabo, là oui, il faut du mollet!
   La colline de Montjuïc surplombe le sud de la ville, on y trouve des parcs, des jardins botaniques, des installations sportives (Jeux Olympiques de 1992), la Fondation Joan Mirò, le Musée National d'Art Catalan... et, tout en haut, un château. La vue y est splendide.


    Le Tibidabo domine toute la ville, il s'agit d'une sorte de Sacré Coeur couronnant le petit massif montagneux (appelé Collserola) qui longe la côte, à quelques kilomètres à l'intérieur des terres. Un vrai plaisir pour les amateurs de VTT et à deux coups de pédale de la ville. À 512 mètres d'altitude, le Tibidabo est le point le plus élevé de Barcelone, le panorama y est impressionant : la ville, toute la côte, mais aussi l'intérieur des terres avec le Vallès Occidental et le Vallès Oriental et la très particulière montagne de Montserrat.



Le vélo qui fait « BOOM »


   Après des années de règne exclusif du moteur à explosion, le vélo s'est ouvert son grand bonhomme de chemin. En 2003 on comptabilisait un peu plus de 31 000 déplacements quotidiens en vélo, en 2011, plus de 100 000, soit 1,36 % des déplacements. On est bien loin des 30% de certaines grandes villes européennes du nord, of course, mais l'augmentation a été rapide et massive. De nombreux éléments en sont la cause.
   Depuis le début des années 90, des associations locales (Biciclot, Amics de la Bici, BACC) luttent pour faire changer la perception du vélo en ville auprès de la population. Elles essaient d'encourager la pratique de ce moyen de transport en soulignant que ce n'est pas un problème mais une solution face aux embouteillages, à la pollution (Barcelone est une des villes europénnes les plus polluées) et au sédentarisme...Pour cela, elles empruntent plusieurs voies : sensibilisation auprès des plus jeunes (débats, ateliers de mécanique, sorties de classes en vélo), création d'une sorte de lobby cycliste qui fait pression sur la mairie (pour la construction de pistes cyclables, de parkings), manifestations, articles d'opinion dans les journaux...
   Tous les premiers vendredi de chaque mois est organisée une « Massa Critica »,« Vélorution » en français. Il s'agit d'une manifestation de cyclistes, de caractère très libre, pouvant réunir quelques centaines ou quelques milliers de personnes circulant dans la ville durant quelques heures et revendiquant le fait qu'elles ne gênent pas le traffic puisqu'elles SONT le traffic.
   En 1992, pour les Jeux Olympiques, Barcelone a commencé à se dôter de pistes cyclables. On en comptabilise aujourd'hui environ 180 km. Ces infrastructures sont indispensables pour que les gens osent utiliser leur vélo, le traffic barcelonais n'invitant pas trop les néophytes à se lancer...



   Malheureusement, le développement de ce réseau de pistes cyclables n'a pas été planifié et il se fait au coup par coup, sans réflexion, au gré des élections municipales. Il en résulte de nombreux « types » de pistes différents : séparées des voitures par des bornes en caoutchouc, ou par un muret en béton, ou par une ligne de peinture, deux lignes blanches sur le trottoir. En outre, il manque des connexions entre elles et des axes importants restent encore à habiliter...Enfin bref, c'est bien, mais peu mieux faire!
   Les pistes cyclables ont pourtant deux effets pervers : d'une part, la fausse sensation de sécurité que peut expérimenter un cycliste lorsqu'il circule entre deux lignes de peinture blanche et d'autre part, la perception que certains automobilistes peuvent avoir en voyant un cycliste roulant dans une rue dépourvue de piste cyclable. En effet, il peut penser que le cycliste n'est pas à sa place, qu'il n'a qu'à passer par une rue possédant un « carril bici » (piste cyclable), il s'agace et c'est alors que survient le coup de klaxonne !    
  Cependant, les années passant, cette pratique tombe en désuétude, signe que la culture cycliste s'implante !
   Au début de l'année 2007, est apparu le « Bicing » , service de bicyclettes mis en place par la mairie, (sur le modèle du Vélo'v lyonnais, installé lui en 2005). Très économique, ce fût un succès immédiat, 50% des déplacements en vélo se font aujourd'hui en bicing. Ces petites bicyclettes blanches et rouges ont conquis la ville. Mais jusqu'à quand ? En effet, une augmentation de 116 % (!) du tarif sera d'application le prochain mois de décembre 2012. Certains usagers commencent déjà à s'acheter leurs propres vélos.



   Cette augmentation de tarif concerne tous les transports publics. Le prix élevé du métro et des autobus motive en effet certains barcelonais à passer à la bicyclette.
   Le prix des vélos est aussi un facteur important dans ce choix. Avec l'arrivée de Décarthon..euh..Décathlon, il est devenu possible d'acquérir une bicyclette neuve pour moins de 100 euros. Le marché des vélos d'occasion a aussi participé à cette tendance et malheureusement, le « marché » des vélos volés aussi...Dans la rue, au hasard d'une rencontre, « pour 30 euros il est à toi »...et commence ainsi le cercle vicieux...
   La peur du vol est d'ailleurs un frein à l'expansion de la bicyclette à Barcelone. Les vols sont très fréquents et les personnes qui les perpétuent n'ont pas de critère: ce n'est pas parce que votre monture est vieille et rouillée qu'elle est en sécurité la nuit dans la rue. Si le vélo est mal attaché (cadenas peu résistant), il se fera voler, c'est aussi simple que ça. 



  La densité de la circulation dissuade également pas mal de gens d'utiliser une bicyclette.
Les bienfaits pour la santé de la pratique vélocipédique sont bien connus, si on évite l'EPO bien entendu ! C'est un sport très complet qui permet, entre autres, de limiter le risque de maladies cardio-vasculaires. Et nombreux sont les citadins voulant se bouger un peu sans pour autant payer pour aller au gymnase ou pour faire du vélo d'appartement... D'autant plus que des études démontrent qu'un cycliste urbain, du haut de sa selle, absorbe moins de pollution (particules fines, oxydes d'azote, de soufre, CO2...) qu'un automobiliste, même en tenant compte de l'effort fourni, poumons ouverts et langue pendante...!
   La rapidité est un autre avantage du vélo face à la voiture en ville. Des études ont montré que jusqu'à une distance de 5 km, le vélo arrive avant à destination (mais après la moto...).
   L'usage du vélo est appelé à se développer de plus en plus : pratique, économique, écologique, bon pour la santé. Le nombre de boutiques louant des bicyclettes s'est multiplié en 10 ans : je me souviens qu'en 2000, il n'y en avait que 4 ou 5, alors qu'aujourd'hui, j'en connais au moins 20...! Le tourisme vélocipédique s'est développé en parallèle du vélo urbain local.

   Il est donc bien agréable de se promener en vélo à Barcelone. Ville à taille humaine, il est possible en 3 heures de temps, de parcourir de nombreux quartiers très différents, d'aller d'un bout à l'autre de la ville sans se stresser et de découvrir des endroits charmants et insolites. En définitive, tout est là pour se mettre au rythme de cette métropole méditerranéenne.