lundi 14 janvier 2013

Visite insolite de Barcelone à vélo. VÉLORUTION

VÉLORUTION




  En 1992 à San Francisco, un groupe d'une cinquantaine de cyclistes organisa une balade en ville. Celle-ci s'acheva dans un magasin de cycles avec la projection d'un documentaire sur le vélo dans différentes villes du monde ( "The return of the scorcher" de Ted White, lien du film en anglais sous-titré en espagnol). En parlant de la Chine le commentaire explique qu'en absence de feux rouges et de règles établies, les cyclistes chinois, pour pouvoir traverser le trafic motorisé à un croisement, doivent attendre d'être en nombre suffisant pour créer une "critical mass" qui leur permette de le faire. L'idée de "masse critique" plut et cette expression est devenue la dénomination de ce ce genre de manifestation ("Masa crítica" en Espagne).
Mais la France, comme on le sait, est en avance dans le domaine de la manifestation, de la critique, de râlerie en général...On n'a pas de pétrole mais des idées, parfois, comme celle de protester à bicyclette contre un projet d'autoroute au début des années 70. Le terme de "vélorution" fut inventé et désigne depuis ces sorties vélocipédiques revendicatives.
On en dénombre aujourd'hui plus de 325 dans le monde.
Voici le lien principal des Vélorutions organisées en France:
 Et voici le lien pour Barcelone:



 La revendication première de ces balades est une meilleur reconnaissance des vélos dans la ville. Il s'agit de critiquer le monopole des véhicules motorisés, parfois de demander plus d'infrastructures (pistes cyclables, parkings...). Un slogan illustre bien l'idée générale: "nous ne gênons pas le trafic puisque nous sommes le trafic".
Mais cela va au-delà. Des vélorutions s'attaquent à des symboles comme le rallye Lisbonne-Dakar (ex-Paris-Dakar), le Salon de l'Automobile, celui de la Moto...Début novembre 2012 une vélorution était organisée à Notre-Dame-des-Landes. La conscience politique des participants varie biensûr selon les endroits et les moments, mais on peut, sans trop généraliser bêtement, faire ressortir des dénominateurs communs : sensibilité à l'écologie, à la solidarité, au concept de décroissance, critique de la sur-consommation...Tout cela était l'apanage des écolos dans les 70's, (les "Amis de la Terre" qui organisèrent la première manifestation vélocipédique en France). Aujourd'hui ces idées sont bien plus répandues. Pour bon nombre de gens, l'utilisation abusive de la voiture en ville est un symbole de la bêtise d'une société qui marche sur la tête. Le caractère de ces manifestations est libre, il n'y a pas d'organisation fixe, on ne parle pas de "manifestation" d'ailleurs mais plutôt de balade, d'autogestion.




Le caractère festif, ou tout du moins pacifique, de ces sorties est primordial pour la majorité des participants. Il s'agit de faire prendre conscience aux automobilistes et aux motocyclistes que le vélo en ville,c'est la solution! Je me souviens avoir participer à quelques « Masa crítica » à Barcelone en 2005-2006, où des rétroviseurs, des essuie-glaces et autres antennes furent « détériorés » par des cyclistes furibonds, se vengeant ainsi de ces maudites machines!
  Mais il est clair que le message passe mieux avec le dialogue et la pédagogie. C'est compliqué et ça demande de la patience. En effet, il n'est pas évident d'expliquer à un automobiliste barcelonais les règles de circulation du vélo ; que par exemple le cycliste doit circuler (en absence de piste cyclable) au milieu de la voie de droite et non pas collé dans le caniveau contre les voitures garées!!! Mais la cohabitation s'est beaucoup améliorée et l'espoir est permis!